Prise de parole en public (Pt.1) : Être MC et capter l’attention d’un public
Place Jean Jaurès à Marseille, a.k.a. la Plaine. Il est quatorze heures cinq. S.W.A.G* Outside - Danse contre l’exclusion, l’événement festif et militant du studio de danse éponyme, vient de commencer.
Les stands finissent de se monter, les danseurs s’échauffent et les bénévoles finalisent les derniers préparatifs d’une journée qui s’annonce incroyable. On attend, comme d’habitude, plusieurs centaines de personnes, mais pour l’heure, seuls quelques curieux et une paire de touristes égarés sont entrés dans l’enceinte délimitée par des barrières de chantier siglées “Ville de Marseille”.
Moi, je suis déjà sur scène avec mon micro. Il est temps de me mettre au boulot.
Mon job ? MC de l’événement.
MC : un job sous-côté
J’aime le terme MC, “Maître de cérémonie”. On pourrait dire animateur ou présentateur, mais cela sonne trop jeux télé à mon goût. Ici on fait dans le grandiose.
Un bon MC ne se contente pas d’annoncer la suite du programme avec un sourire niais et une diction de premier de classe. Il ne lit pas simplement un conducteur. Son vrai travail est ailleurs.
Il s’agit de sentir la salle, lire le niveau d’attention, faire monter l’énergie quand elle baisse ou savoir la canaliser quand elle déborde, et surtout, créer du lien entre les séquences. En somme, il faut donner vie à ce qui, sur le papier, ressemble à un simple enchaînement logistique.
Quand c’est bien fait, on a l’impression que tout est simple. Quand c’est mal fait, c’est gênant. La prise de parole en public a cela d’ingrat qu’on paraît vite brillant ou mauvais.
Retour à la Plaine.
Devant moi, quelques curieux, beaucoup d’indifférents et surtout pas mal de badauds qui observent de loin, derrière les barrières. Moi, je dois les attirer. Alors je parle comme si la place était pleine, comme si l’événement était à son apogée, comme si n’importe quel péquin n’attendait que ça depuis des semaines.
Amélie, vidéaste en charge de couvrir la journée, me lance en plaisantant :
“Ce début où tu parles dans le vide, rien que pour ça, je serais incapable de faire ce que tu fais.”
Ce n’est clairement pas le moment le plus gratifiant. Pourtant, ce qui m’excite dans une prise de parole publique, c’est ce départ dans le rien, quand l’énergie n’est pas installée, que le public n’est pas acquis et que l’ambiance est absente.
C’est là que réside le défi.
Capter une audience : pourquoi la voix ne suffit pas
Beaucoup se figurent que prendre la parole en public consiste à bien parler : articuler, projeter la voix, éviter les “euh” et sourire.
Tout cela aide, évidemment. Mais capter l’attention d’un public repose sur des choses plus fines. Le rythme, d’abord. Savoir accélérer ou ralentir. Laisser respirer une phrase. Ne pas donner toutes les informations sur le même ton, comme un GPS fatigué. L’art de moduler.
Le regard, ensuite. Une foule sent immédiatement si on lui parle vraiment ou si on récite comme un premier de la classe.
Il y a aussi la notion de présence, ce mot abstrait qu’on utilise à tort et à travers. La présence, ce n’est pas du charisme magique. Selon moi, c’est être fermement ancré dans le présent plutôt que hypnotisé par l’image qu’on renvoie.
Lors d’un événement communautaire, d’un battle de danse, d’une cérémonie de mariage ou d’un colloque d’entreprise, l’audience a payé ou a été invitée. L’empathie est donc plus forte avec le MC. Dans un événement gratuit organisé dans l’espace public, où aucune sélection n’opère pour filtrer l’audience, être juste moyen se paie cash ! On vous interpelle, on se moque de vous, on vous imite.
Ça peut en déstabiliser plus d’un.
Moi, je crois que ça m’excite un peu. Ça me pousse à être meilleur.
Ce que vingt ans de scène apprennent sur la prise de parole
Je ne me suis pas levé un matin en décidant de devenir MC.
C’est venu naturellement, en parallèle de mon parcours de comédien, d’improvisateur et de formateur. J’ai passé des années sur scène à jouer, tenter, échouer et recommencer.
L’improvisation, en particulier, est une école redoutable pour la prise de parole en public. Elle apprend à gérer l’imprévu sans paniquer ni s’excuser. Elle apprend aussi à sentir quand une audience décroche.
Au fil du temps, sur scène, on comprend une chose essentielle : plus on cherche à paraître à l’aise, moins on l’est. Le public sent immédiatement quand quelqu’un simule la détente.
Si vous désirez prendre la parole efficacement en public, le mieux à faire est souvent de cesser de fabriquer un personnage. Être soi-même reste généralement plus efficace.
Dans la rue, l’attention se mérite
Présenter un événement en salle est une chose. Présenter un événement sur une place publique en est une autre. J’ai vu quelques speakers confiants s’y casser les dents.
Dans un théâtre, les gens sont venus pour vous. Ils ont accepté la règle du jeu. On fait le noir, ils se taisent.
Dans un événement organisé dans la rue, les gens peuvent partir à tout moment. Ils font leurs courses, traversent la place, attendent leur date… Il faut leur donner envie de rester.
On n’y parvient ni en criant plus fort que les autres, ni en forçant. Jouer à l’animateur de camping caricatural ne fonctionne pas non plus.
Il faut créer un appel d’air.
Cela peut être une phrase bien placée, un trait d’humour ou la mise en valeur d’une personne qui a une coiffure stylée ou la meilleure paire de baskets dans la foule. Depuis la scène, on voit tout.
L’idée est de rendre l’audience active. C’est un échange, pas une transmission descendante d’informations. Cet intérêt se construit.
Quand deux heures plus tard la place Jean Jaurès est pleine, que les gens dansent et que l’événement existe pour de bon, c’est très satisfaisant.
Ce que personne ne voit : préparer les autres à parler
Une autre partie de mon travail se déroule avant l’événement, dans l’ombre.
Avec certaines structures, associations ou entreprises, j'accompagne les personnes qui devront prendre la parole, en qualité de coach : organisateurs, intervenants, speakers ou dirigeants.
C’est un point régulièrement sous-estimé.
Beaucoup pensent manquer de confiance alors qu’ils manquent surtout de préparation. Parfois, le manque de clarté d’un propos vient simplement d’un texte bancal. C’est peut-être la seule fois de ma vie que je vais citer Marc Levy, mais lorsqu’il avance que “écrire, c’est 85 % de réécriture”, je suis assez d’accord.
Un texte oral ne se rédige pas comme un mail ou un dossier. Il doit pouvoir être incarné. En cela, la ponctuation joue, selon moi, un rôle fondamental.
Ensuite viennent les fondamentaux : respiration, ancrage, regard, intention, clarté.
Une belle villa construite sur des fondations bâclées ne s’effondre-t-elle pas à la moindre intempérie ?
Je développerai mon point de vue sur les bases et certaines méthodes de coaching dans un second article. Le sujet mérite mieux que quelques phrases, et il faut boucler.
Aujourd’hui, quand j’anime un événement, j’ai parfois l’impression de faire peu. En réalité, je suis très concentré.
Cela semble naturel lorsqu’on me voit faire, parce que le travail est devenu invisible.
C’est le vrai luxe sur scène : quand l’effort ne se voit plus.
Conclusion
SWAG Outside s’est terminé vers vingt heures. Six heures sur le pont, à vivre des moments fabuleux de communion, de danse et d’engagement associatif. Une manière de faire de la politique à un échelon local, comme j’aime.
Je suis ravi que mes compétences m’aient permis de participer à ce genre d’événements. Merci à Pauline Terestchenko et Chloé Louisin de SWAG studio pour la confiance.
La prise de parole en public n’est pas qu’une technique destinée à impressionner. C’est une manière de créer du lien, de faire exister un moment assez fort pour qu’il devienne un souvenir.
Celui de la journée du 19 avril, je le garde avec moi !
Bkools
Vous organisez un événement et cherchez un MC capable de porter l’énergie du moment ? Vous souhaitez travailler votre prise de parole avant de monter sur scène ? Me contacter
👉 Lire aussi : L’artisanat de la communication
👉 Lire aussi : Team building improvisation : ce que ça change vraiment pour une équipe
