Chercher la marge d’improvisation : ce que 20 ans de pratique m’ont appris sur moi & les autres

Cette année, la Ligue Universitaire d’Improvisation d’Île-de-France (LUDI-IDF) fête ses trente ans. J’y suis entré en 2012. Je n’en ai pas connu la création, mais me retrouver, samedi 11 avril dernier, invité à partager la scène avec des membres historiques de l’asso, âgés de vingt-deux à cinquante-cinq ans, ça a fait remonter pas mal de souvenirs.

En me retournant sur mes vingt années d’impro, je me rends compte que je n’ai pas seulement appris à jouer. J’y ai construit ma personnalité, et ma capacité à vivre mieux avec les personnes qui m’entourent.

La LUDI, c’est la maison mère. Un point de repère essentiel, mais pour moi, tout commence quelques années plus tôt, à Dijon…

Comment j’ai commencé l’improvisation théâtrale

J’avais quinze ans. Une pote de lycée, Clémence, m’avait parlé d’un atelier d’impro à deux pas de chez moi. J’avais déjà vu des matchs, et je trouvais ça souvent has been. Des anciens en maillots de hockey qui s’agitaient autour d’une patinoire en bois, très peu pour moi. Et puis c’était impudique pour moi, de se donner en spectacle comme ça.

Clémence, elle, prenait le bus pour venir dans mon quartier. Elle était à fond. Elle m’a convaincu d’essayer. Il faut dire qu’on était en classe ensemble. Elle savait mon amour pour faire le show en cours. Je me suis pointé un soir à l’atelier. Mort de trouille.

J’étais le plus jeune. Les autres avaient entre vingt-cinq et trente ans, ce qui, à l’époque, me paraissait très vieux. J’ai survécu à ce premier essai. Et j’y ai même pris du plaisir.

Quelques mois plus tard, je me suis retrouvé sur scène, au fin fond de la Saône-et-Loire. Première impro, en solo. Trois minutes. Le public a massivement voté pour moi. Trop de love. J’ai pété un plomb et me suis promis de retrouver cette sensation toute ma vie.

Un an plus tard, Clémence a arrêté. Moi, jamais.

Formation confiance en soi : ce que le mentorat m'a vraiment donné

Très tôt, j’ai eu la chance d’avoir des mentors. Édouard et Hélène, notamment, ont pris soin de moi alors que je n’étais encore qu’un ado renfrogné.

Ils m’ont fait parcourir la France pour jouer, puis la Suisse, la Belgique, et finalement le Québec à mes vingt ans.

La team m’a intégré, challengé, poussé. C’est ça aussi l’impro : un cadre où l’âge ne freine pas, où ce que tu apportes compte plus que ce que tu représentes. Aux côtés de ces partenaires, j’ai appris à gérer mes émotions d’une manière que ni l’école ni le cadre familial ne m’avaient apportée.

J’ai commencé l’impro pour faire rire mes potes, et probablement pour me faire remarquer. J’ai continué parce que c’est devenu une enquête sur moi-même.

Ma pratique m’apprend un peu plus qui je suis, à chaque fois que je la prends au sérieux.

Créativité collective : les années Paris et le sentiment d'être invincibles

En 2011, j’ai quitté Dijon pour Paris. J’ai intégré la Ligue d’Impro de Paris (LIP), puis la LUDI. Là, deuxième pétage de plomb !

Je me suis retrouvé entouré de dizaines de personnes de mon âge, qui, comme moi, débarquaient à Paris après avoir fait leurs armes en province. Pendant quelques années, on s’est sentis invincibles. Entre cinq et dix heures d’impro par semaine, deux ateliers, et des scènes, partout où on pouvait s’incruster. Bars, salles, au chapeau, gratuitement.

On avait faim. On ne savait pas encore où ça allait nous mener, et c’était précisément ça qui nous tenait.

Beaucoup de gens que j’ai rencontrés dans l’impro étaient des outsiders. Pas les plus populaires au lycée, mais déterminés à reprendre la main sur leur vie en faisant rire les autres.

Ce que l’improvisation m’a vraiment appris

Ce que l’impro m’a offert avant tout, c’est de rencontrer le public très tôt. De me sentir sur scène comme à la maison.

Bien avant de travailler en CDN, de toucher au masque ou à la marionnette, et de tenter des auditions qui, en apparence, dépassaient mes compétences. Tout est parti de là. Le culot du débutant est souvent plus précieux que l’expérience. Je le constate aujourd’hui : ce culot-là s’érode avec le temps.

Ce que ces années m’ont appris, c’est chercher la marge d’impro partout, et rester disponible à ce que la vie me propose.

Pourquoi je transmets aujourd’hui

On transmet ce qu’on a reçu. Parfois en bien, parfois en mal. J’ai de la chance, j’ai reçu beaucoup de bon. Édouard et Hélène m’ont accompagné. Puis Laurent Mazé, Viviane Marcenaro, Fayçal El Makoudi, Mark Jane et tant d’autres. À mon tour, j’ai rendu à la LUDI, en accompagnant les groupes en tant que référent pendant plusieurs années.

L’impro est un artisanat, une culture. Ça ne se résume pas à des techniques. Ça se transmet en faisant, en jouant, en partageant la scène.

DOJO, c’est ma manière de structurer tout ça. Mon objectif : transmettre ce que j’ai mis vingt ans à comprendre.

Conclusion

L’impro, je la pratique depuis plus de la moitié de ma vie.

Je n’ai jamais arrêté de chercher la marge d’improvisation et le frisson de ma première scène. Je les cherche encore aujourd’hui, sur scène comme en atelier.

Bkools


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