Team building improvisation : un laboratoire du fonctionnement d'une équipe
On peut voir l'improvisation théâtrale de plusieurs manières.
Il y a ceux qui y voient un hobby cringe où des groupes d'adultes en manque de vie sociale se retrouvent le mercredi soir pour se lancer des "ZIP ZAP ZOP" entre deux mimes approximatifs.
Il y a ceux qui y voient un divertissement solide. Le genre de sortie où tu peux amener ton crush lors d'un premier date. Les artistes font le taf, et le rire aidant, tu grattes un deuxième rendez-vous.
Mais réduire l'impro à un divertissement ou un moyen de pécho, c'est passer à côté de quelque chose de plus profond : cette pratique est, à mon sens, un laboratoire miniature du fonctionnement d'une équipe.
Ce que quinze minutes de jeu révèlent d'une équipe
Ce que j'essaie de casser quand j'interviens en entreprise, c'est la structure verticale qui se remet en place toute seule, dès les premières minutes de l'atelier, sans que personne ne l'ait consciemment décidé.
Si vous avez bossé en entreprise, vous voyez de laquelle je parle. Celle où le manager reprend instinctivement la main, et où l'alternant s'efface pour rester à sa place. Le risque, si on est trop complaisant avec la hiérarchie lors d'un team building, c'est de passer à côté de pépites qui, parce que trop discrètes, ne se mettent pas en avant si on ne les y autorise pas.
Qu'importe que ce soit cette hiérarchie qui signe le bon de commande et qui paye mon loyer. J'estime que c'est précisément pour jouer ce rôle qu'on m'a embauché. De toute façon, les boîtes avec qui je veux réellement bosser sont celles qui veulent ramener de l'horizontalité dans leur fonctionnement.
Soyons clairs : une équipe a besoin de leaders. Sans ça, on tombe dans ce que les psychologues appellent le syndrome Kitty Genovese, ou effet du témoin : tout le monde se dit que quelqu'un d'autre va s'en occuper, et... spoiler alert, personne ne s'en occupe. Mais un leader ne doit pas être un goulot d'étranglement de la créativité. Une équipe performante n'est pas synonyme de hiérarchie figée. C'est une affaire de dynamique de groupe.
Danny Ocean, dans le film de Steven Soderbergh, n'aurait pas braqué de casino s'il avait opéré en solo. Frodon n'aurait jamais atteint le Mordor sans la Communauté de l'Anneau car il n'aurait pas fallu longtemps avant qu'il se fasse embrocher par un Nazgul en pétard.
Les grands dirigeants savent tout ça. J'ai eu l'occasion d'animer un atelier de team building d’impro mêlant des jeunes de l'École de la Deuxième Chance et des collaborateurs de L'Oréal l'an dernier. C’était organisé par Unicité. Devinez qui s'est pointé ? Nicolas Hieronimus, CEO de cette petite boîte du CAC40. J'ai fait mon travail et je l'ai inclus dans le groupe au même niveau que les jeunes. Il a brillamment joué le jeu, et si je peux affirmer que pour eux ça a été inspirant, je suis prêt à parier qu'il l'a aussi été par le reste du groupe.
Lors d'un atelier d'improvisation en entreprise, une équipe révèle en quelques minutes ce qu'il lui faudrait parfois des mois à montrer dans un cadre classique : qui prend de la place, qui en laisse, qui écoute, qui s'efface, et qui neutralise les autres sans s'en rendre compte.
Il ne s'agit pas de jugements, mais d'observations. Reste à distiller des outils ludiques et efficaces pour booster la collaboration et la communication interne.
Le principe du "Yes, and" :
la base de la collaboration et de l'intelligence collective
Le premier de ces outils, c'est le "Yes, and" (Oui, et…). Et c'est aussi l'un des plus mal compris.
Le postulat est simple : accepter ce que l'autre propose, puis construire dessus.
A : "Nous venons d'atterrir sur Mars."
B : "OUI, ET notre vaisseau est en train de repartir sans nous."
C'est l'antidote direct à ce qu'on vient d'observer : le dominant qui écrase, sans s'en rendre compte, le profil discret dont l'idée meurt avant d'avoir été entendue.
Mais il y a un revers. Contrairement à ce que certains consultants avides de ludification ont colporté dans les années 2010, ce n'est pas un outil de positivité permanente. Quand on fustige le moindre NON au nom de la créativité, on n'émancipe pas les équipes. On les épuise.
Bien utilisé, le "Yes, and" connecte les cerveaux et ouvre le champ des possibles. Mal utilisé, c'est une pression déguisée en méthode.
Dans mes ateliers, on travaille le oui qui construit et le non qui protège.
Pourquoi l'improvisation développe la confiance et la cohésion d'équipe
En improvisation, on ne peut pas tricher. Si tu joues solo, si tu cherches à briller, si tu n'écoutes pas vraiment : la scène s'effondre. Toujours pour la même raison.
La confiance dans ses partenaires devient donc une nécessité. Pas un concept RH flou, mais une nécessité immédiate, visible et carrément mesurable.
Dans beaucoup d'équipes, la gestion de l'erreur est calamiteuse. On l'évite, on la cache, on ralentit tout pour être certain de ne pas en faire. Croyez-moi, une équipe qui a peur de se tromper arrête d'essayer.
Lors de mes ateliers, j'ai vu des managers couper un exercice de l’intérieur pour reprendre quelqu'un qui s'était trompé. Réflexe de contrôle. Sauf que l'erreur qu'ils venaient d'interrompre était peut-être la chose la plus intéressante qui s'était passée depuis le début de la session…
L'impro inverse cette tendance. Elle crée un espace où l'erreur n'est pas une faute : c'est du matériau. On construit grâce à l'accident, on le magnifie. C'est exactement ce que les entreprises cherchent à développer quand elles évoquent l'adaptation au changement ou la résilience.
L'une des plus grandes difficultés quand j'encadre des groupes d'adultes, ce n'est bizarrement pas de leur enseigner les structures narratives ou la répartie. C'est de les convaincre de considérer une erreur comme un cadeau. Quand ils acceptent ça, le reste suit.
L'improvisation ne transforme pas une équipe en quelques heures, mais elle révèle rapidement sa dynamique de groupe et lui apprend à rester fonctionnelle face à l'imprévu.
Bkools
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